Prière pour demander la grâce de se renoncer

 

J’ai peur de l’avenir et de son ciel chargé et j’ai peur de moi-même, car je me dissous dans l’ennui et je m’enlise. Vous m’avez toujours donné la main jusqu’ici, ne m’abandonnez pas, achevez votre œuvre. Je sais bien que c’est folie de se préoccuper ainsi du futur car votre Fils l’a déclaré : « à chaque jour suffit sa peine », mais cela dépend des tempéraments ; ce qui est facile aux uns est si difficile pour les autres ; j’ai l’esprit remuant, toujours inquiet, toujours aux écoutes et, quoi que je fasse, il bat la campagne à tâtons et il s’égare ! Amenez-le, tenez-le près de vous en laisse, bonne Mère, et donnez-moi, après tant de fatigues, un gite !

Ah ! ne plus être ainsi divisé ! demeurer impartiale ! avoir l’âme assez anéantie pour ne plus ressentir que les douleurs, ne plus éprouver que les joies de la Liturgie ! ne plus être requis chaque jour que par Jésus et par Vous ; ne plus suivre que votre propre existence se déroulant dans le cycle annuel des offices ! se réjouir avec la Nativité, rire à Pâques-fleuries, pleurer pendant la Semaine-Sainte, être indifférent au reste, pouvoir ne plus se compter, se désintéresser complètement de sa personne, quel rêve ! (La cathédrale.)

Ah ! sainte Vierge, sainte Vierge, prenez pitié des âmes rachitiques, qui se trainent si péniblement quand elles ne sont plus sous votre lisière ; prenez pitié des âmes endolories pour lesquelles tout effort est une souffrance, des âmes que rien ne dépite et que tout afflige ! prenez pitié des âmes sans feu ni lieu, des âmes voyageuses, inaptes à se grouper et à se fixer, prenez pitié des âmes veules et recrues, prenez pitié de toutes ces âmes qui sont la mienne, prenez pitié de moi ! (La cathédrale.)

Dans le service du Seigneur tout n’est pas rose ! Si l’on consulte les biographies de saints, on voit ses élus torturés par les plus effroyables des maladies, par les plus douloureuses des épreintes ; décidément c’est pas drôle la sainteté sur la terre, c’est pas drôle la vie ! II est vrai que pour les saints l’excessif des souffrances est, ici-bas déjà, compensé par l’extrême des joies ; mais pour le reste des chrétiens, pour le misérable fretin que nous sommes, quelle détresse et quelle pitié !

…..Dieu agit avec nous comme avec les plantes ; il est en quelque sorte l’année de l’âme, mais une année où l’ordre naturel des saisons est interverti, car les saisons spirituelles commencent par le printemps, auquel succède l’hiver, et l’automne arrive, suivi à son tour par l’été ; au moment de la conversion c’est le printemps, l’âme est en liesse et le Christ sème en elle ses graines ; puis viennent le froid et l’obscurité ; l’âme terrifiée se croit abandonnée et se plaint, mais sans qu’elle le sente, pendant ces épreuves de la vie purgative, les graines germent sous la neige ; elles lèvent dans la douceur contemplative des automnes, fleurissent enfin dans la vie unitive des étés.

Oui, mais chacun doit être l’aide jardinier de sa propre âme, chacun doit écouter les instructions du Maitre qui trace la besogne et dirige l’œuvre. Hélas ! nous ne sommes plus ces humbles ouvriers du moyen âge qui travaillaient en louant Dieu, qui se soumettaient sans discuter aux ordres du patron ; nous, nous avons par notre peu de foi épuisé le dictame des prières, le polypharmacon des oraisons ; dès lors tout nous parait injuste et pénible et nous regimbons, nous exigeons des engagements, nous hésitons à entreprendre notre tâche ; nous voudrions être payés d’avance, tant notre défiance nous rend vils ! Ah ! Seigneur, donnez-nous la grâce de prier et de ne pas même avoir l’idée de vous réclamer des arrhes, donnez-nous la grâce d’obéir et de nous taire

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